Que se passe-t-il après l’élection présidentielle ? Les cent premiers jours, étape par étape

Du soir du second tour à la première loi de finances : passation, choix du Premier ministre, majorité à l’Assemblée, dissolution, 49.3, Conseil constitutionnel, Bruxelles. Ce que la Constitution permet à un président élu, et ce qu’elle ne lui permet pas.

Mis à jour le 4 octobre 2026

Le soir du second tour : une victoire, pas encore un pouvoir

À 20 heures, les premières estimations donnent le nom du vainqueur. Les résultats officiels ne sont proclamés que quelques jours plus tard par le Conseil constitutionnel, garant de la régularité de l’élection (article 58 de la Constitution). Entre-temps, le président sortant reste en fonctions : le pays n’a jamais deux présidents à la fois.

Pour l’élection de 2027, le second tour a lieu le dimanche 2 mai. Le mandat d’Emmanuel Macron s’achève le 13 mai 2027 : la Constitution prévoit que l’élection se tient vingt à trente-cinq jours avant cette échéance (article 7). Le vainqueur dispose donc de quelques jours pour préparer son gouvernement. Voir le calendrier complet de la présidentielle 2027.

La passation de pouvoir

À l’expiration du mandat précédent, le nouveau président entre en fonctions. La cérémonie à l’Élysée mêle protocole et continuité de l’État : entretien en tête-à-tête avec le président sortant, transmission des informations les plus sensibles, dont les codes de la dissuasion nucléaire, puis proclamation officielle des résultats par le président du Conseil constitutionnel.

Ce moment a surtout une valeur symbolique. Le travail commence ailleurs : les administrations ont préparé des notes de transition sur les dossiers urgents (situation internationale, finances publiques, textes en cours, échéances européennes).

Le choix du Premier ministre

Le président nomme le Premier ministre, puis, sur sa proposition, les membres du gouvernement (article 8). Aucun vote de l’Assemblée n’est nécessaire pour que le gouvernement entre en fonctions. Mais le gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale : une motion de censure, déposée par au moins un dixième des députés et adoptée à la majorité absolue, le renverse (article 49).

C’est pourquoi le premier choix d’un président élu est aussi un message politique : un fidèle rassure son camp, une personnalité plus consensuelle rassure le Parlement. Dans les romans, chaque présidence tranche différemment. Marine Le Pen choisit une ancienne présidente d’exécutif territorial, Édouard Philippe une ancienne maire qui exige de « négocier avant de communiquer ».

Gouverner sans majorité ?

L’élection présidentielle ne renouvelle pas l’Assemblée nationale. Le président élu en 2027 trouvera donc des députés élus avant lui, avec un rapport de force qu’il n’a pas choisi. Si son camp n’y est pas majoritaire, chaque texte devra être négocié avec d’autres groupes : c’est la « majorité relative », ou les majorités texte par texte.

Ce décalage est au cœur des six scénarios de Six présidents pour la France : aucune des présidences imaginées ne dispose d’une majorité automatique, et toutes découvrent qu’une victoire présidentielle n’est pas un blanc-seing législatif.

La tentation de la dissolution

Pour obtenir une majorité, le président peut dissoudre l’Assemblée nationale (article 12). Les élections législatives ont alors lieu vingt à quarante jours plus tard. La seule limite : il ne peut pas y avoir de nouvelle dissolution dans l’année qui suit les élections législatives provoquées par une dissolution.

La décision est risquée : une campagne législative peut confirmer l’élan présidentiel, ou au contraire coaliser ses adversaires. Dans les romans, la question revient à chaque présidence. Bruno Retailleau refuse que son premier acte ressemble à « un pari sur l’épuisement des autres ».

Faire voter les premières lois

Les promesses de campagne passent pour la plupart par la loi, donc par le Parlement. Plusieurs outils permettent d’aller plus vite, sans supprimer le vote :

Tout ce qui relève du règlement, en revanche, peut être décidé par décret : c’est souvent là que se trouvent les premiers gestes visibles d’un nouveau pouvoir, comme dans le scénario Jean-Luc Mélenchon, où les premiers décrets précèdent la grande loi « vie digne ».

Le Conseil constitutionnel, premier contrepoids

Une loi votée n’est pas encore promulguée. Soixante députés ou soixante sénateurs peuvent saisir le Conseil constitutionnel, qui statue en principe dans un délai d’un mois (huit jours si le gouvernement demande l’urgence). Il peut censurer tout ou partie du texte.

Pour un président élu sur des promesses fortes, c’est souvent le premier choc avec les institutions : faut-il réécrire la disposition censurée, ou contester les juges ? Les six présidences des romans affrontent toutes cette épreuve, et y répondent différemment.

Bruxelles et le premier budget

Moins de deux mois après l’élection, le nouveau président siège au Conseil européen de juin. Beaucoup de sujets de campagne (frontières extérieures, énergie, commerce, règles budgétaires) se négocient à vingt-sept. Une déclaration nationale ne suffit pas à changer une règle commune.

À l’été viennent les arbitrages budgétaires. Le projet de loi de finances pour l’année suivante doit être déposé à l’automne : c’est là que les promesses rencontrent la dette, les recettes et les choix entre ministères. Dans les six scénarios, le premier budget est presque toujours le moment où il faut dire « qui attendra ».

Pourquoi parle-t-on des « cent premiers jours » ?

L’expression vient de l’histoire : les Cent-Jours de Napoléon en 1815, puis les « cent premiers jours » de Franklin D. Roosevelt en 1933, marqués par une avalanche de réformes. Depuis, on juge souvent un nouveau pouvoir à ce qu’il accomplit dans ses trois premiers mois. Le délai n’a aucune valeur juridique, mais il dit beaucoup de l’élan d’un mandat.

C’est le point de départ de Six présidents pour la France, qui raconte les cent premiers jours de six présidences possibles, et de sa suite, Les cent derniers jours, qui les retrouve à cent jours de l’élection suivante. Vous pouvez aussi choisir une présidence et lire son scénario.

Six présidences imaginées, de leurs cent premiers à leurs cent derniers jours.